A l’automne dernier, la création d’une étudiante en design a agité la toile : le New Born Fame est un mobile permettant au bébé d’envoyer des selfies sur les réseaux sociaux. Dès que le bébé réalise une simple pression sur l’un des objets en mousse du mobile, un appareil photo se déclenche et publie automatiquement l’image sur internet sous le hashtag #myfirstselfie. Choquant ? Rassurez-vous, cet objet n’a pas été créé dans un but commercial, mais dans celui de dénoncer les dérives des partages d’images de bébés sur les réseaux sociaux.
Une manière astucieuse donc de lancer le débat de la réputation numérique des enfants. Dans notre monde hyper-connecté, le partage sur les réseaux sociaux ne cesse de progresser. Les résultats d’un sondage réalisé par l’entreprise AVG illustrent bien ce phénomène vis-à-vis des plus jeunes : 74% des enfants européens sont présents sur internet avant leurs deux ans, 13 % sont mêmes présents avant leur naissance à travers des images d’échographies postées sur les réseaux sociaux. Un enfant est un heureux événement et il est donc normal que les nouveaux parents ressentent le besoin de partager leur bonheur. Cependant, il nous faut questionner cette pratique : que peut-on partager ? Dans quelles limites ? Quelles conséquences ces images peuvent-elles avoir une fois le bébé passé à l’âge adulte ?
Pourquoi partage-t-on les images de nos enfants ?
Il y a encore une dizaine d’années, le partage de photos des enfants se faisait à travers des photos papier, distribuées aux proches. Aujourd’hui, le développement des réseaux sociaux a tendance à remplacer ces photos matérielles : il est en effet tellement plus facile de raconter les premiers pas d’un bébé en postant une photographie sur Facebook. Ce nouveau mode de communication permet de faire partie de l’intimité de la famille, de partager les moments de bonheur et l’évolution des petits.
Cependant, les personnes les plus hostiles au partage de photos d’enfants sur les réseaux sociaux soulignent que certains parents peuvent se servir de l’image de leur bébé pour se mettre en valeur : l’enfant devient alors un mode de communication permettant de flatter l’égo des parents.
Quels problèmes ce partage de la vie privée de nos enfants peut-il apporter ?
Le premier problème posé par ces partages de photos est leur divulgation. A partir du moment où une image est publiée sur un réseau social comme Facebook, elle lui appartient de fait, privant les enfants et leurs parents d’une partie de leur droit à l’image. Facebook à travers de fréquentes mises à jour s’accorde de plus en plus de droits sur nos données postées en lignes : l’entreprise américaine archive, trie et conserve nos données, notamment les photos.
Le droit à l’oubli est donc une notion aujourd’hui inexistante : une photographie postée sur la toile pourra toujours échapper à tout contrôle et être réutilisée par des tiers, notamment à des fins commerciales. Sans être alarmiste, les parents doivent prendre des précautions nécessaires pour protéger leur vie privée et le droit à l’image de leurs enfants. Si l’on partage du contenu, il est important de penser à régler les paramètres de confidentialités du compte pour éviter que des inconnus puissent accéder aux données.
S’agit ensuite pour les parents de se demander si les photos postées peuvent embarrasser leur enfant quand il aura grandi : est-ce que Laura adolescente ne sera pas gênée que ses camarades voient une photo d’elle en couche ? Est-ce que Léo acceptera que son futur employeur tombe sur une photographie de lui accroché à son biberon ? Il s’agit donc de se poser les bonnes questions et d’entamer une véritable réflexion sur notre utilisation des réseaux sociaux.
Sources : Mail Online, « Social media for babies »,
Crédits image : Laura Cornet, CC

