Lois pour l’accès des doulas aux maternités et maisons de naissance

Lois pour l’accès des doulas aux maternités et maisons de naissance

Des nouvelles lois viennent garantir la présence des doulas à côté des mères dans les maternités et maisons de naissance au Brésil. Et pourquoi parler des lois dans un Pays de l’autre côté de l’Atlantique et au Sud ?

Parce que pour celles qui suivent la page Facebook de Mamawear, vous savez que c’était les 10 ans des Journées des Doulas en France. J’aime beaucoup les doulas que je connais… Et je connais plusieurs… J’aime beaucoup les « accompagnantes à la naissance » aussi. Car ici en France il y des définitions diverses  pour les personnes qui sont à côté des mères pendant la grossesse et suite des couches. L’important pour moi, c’est le rôle de cette personne, donc je vais parler des doulas car au Brésil c’est un métier reconnu et son nom est doula…

Le travail de la doula a toujours existé dans l’histoire… Le mot vient du grec et signifie « servante » et sa fonction est de soutenir la femme enceinte avant, pendant et après l’accouchement ».  Les femmes avaient comme habitude de se faire aider par des femmes plus expérimentés. La grossesse est une période pleine de bouleversements et c’est normal d’avoir besoin d’aide, de soutien, d’informations… Qui ne sont pas les mêmes selon les différentes cultures et époques.

Mais revenons aux faits…. Depuis quelques années le nombre de doulas a beaucoup augmenté au Brésil et certains hôpitaux ont même un programme interne qui propose aux femmes enceinte de rencontrer des doulas 24h/24h dnas leurs locaux. On estime à presque 4 mil ne nombre de doulas en activité au Brésil. Pour une ville comme Sorocaba (Etat de São Paulo, environs 650 mil habitants) le nombre de doulas selon le Núcleo de Doulas de Sorocaba est d’environs 40. Très difficile de trouver d’où vient ce chiffre de 4 mil, mais déjà si une ville comme Sorocaba en comptait 20 ce serait bien plus qu’une ville de province française.

Bien évidement il y encore beaucoup de terrain à parcourir dans ce domaine. Nombreux professionnels de santé remettent en question la place de la doula dans la salle d’accouchement (par manque d’espace, par manque d’intégration avec l’équipe, par manque de confiance tout court). La naissance est devenue depuis nombreuses années un domaine médical et le fait d’avoir une personne étrange au « service » ou au « bloc » peu déranger plus que un. Plus est que au Brésil grand nombre de naissances se font par césarienne, en partie par commodité /rémunération de l’équipe médicale, particulièrement dans les cliniques privées. La naissance est perçue comme une événement médical, pas comme une événement physiologique faisant partie de la vie des femmes. Dans cette configuration l’accouchement par voie basse est perçu comme une alternative et non comme la règle. Dans un cadre d’accouchements pré-établis par une agenda, des naissances « naturelles » perturbent l’ordre des choses.

Hors les doulas sont là pour soutenir les choix des mères, ce qui inclue faire le maximum pour avoir une naissance sans césarienne et ceci dérange le status quo. Puis, il faut dire que une doula représente un regard « extérieur » à la situation, sans lien hiérarchique avec le corps médical. Elle vois et elle écoute ce qui se passe. La maman et le papa sont absorbés par la situation…. par la naissance de leur enfant. Si c’est le premier, ils ne savent même pas a qua s’attendre. Une doula a déjà une idée du déroulement naturel de l’accouchement… du pendant et du après… et peut être un témoin gênant concernant certaine pratiques abusives minoritaires, mais existantes tout de même. Une personne sera moins inclinée à dire à une maman « tu es une feignante, tu ne respires pas bien » ou « tu criais comme ça au moment de faire le bébé ? » si une personne externe est à ses côtés (papa / doula…). Certains professionnels ont peur que la papa « tombe dans le pommes » au moment de l’accouchement ou de la césarienne, une doula expérimentée a fait ses preuves et ces arguments ne sont pas valables pour les écarter. Puis, au Brésil, les parents accompagnés par une doula  sont plus inclinés à questionner les règles de l’institution et verbalisent plus facilement leur instant de protection. (A mon avis si ils ont choisi une doula pour les accompagner c’est exactement dans leur démarche de vouloir quelque chose « d’autre » qu’on le propose dans la plupart des maternités). Du coup ils peuvent demander de l’eau, à manger, à bouger, à attendre plus pour que bébé arrive… Bref, plein de petites choses qui perturbent certains services médicaux et peuvent rendre l’accouchement plus long (donc en termes de productivité, moins intéressant).

Certains professionnels disent que les doulas se mêlent de ce qui ne les regarde pas et dans certains cas un esprit de confrontation s’instaure. Hors tant au Brésil, comme en France, les cours de formation de doula sont toujours très stricts en ce qui concerne le rôle non médical de la doula et les professionnelles sérieuses savent se mettre en retrait concernant la conduite obstétricale, des sage-femmes ou médecins. Le corps médical à un rôle important aussi dans le suivi des grossesses, l’accouchement et le post-partum.

 

 

Grávida Sorocaba II

(photo : Doula qui accompagne une mère. Source: http://sorocabadeverdade.com/pannunzio-manobra-contra-doulas-nos-hospitais-de-sorocaba)

 

Du coup, il faut dire que tant au Brésil, comme en France il y a des services où chaque personne trouve sa place.

Un nombre grandissant de professionnels de santé au Brésil soutien et encourage la présence des doulas en salle de naissance, une fois que le lien se tisse et qu’ils perçoivent les avantages d’avoir une professionnels compétente à leurs côtés.

 

Dra. Melania Amorim (à direita de verde) e sua equipe de parto humanizado

Dra. Melania Amorim et son équipe en faisant la  “rose”. Obstétricienne, infirmière, kiné, doula… se serrent comme symbole de confiance et travail en équipe.  photo: archive personnel de la médecin. (lhttp://vida-estilo.estadao.com.br/blogs/ser-mae/eu-adoro-trabalhar-com-doulas-afirma-medica-defensora-do-parto-humanizado/)

 

Les raisons sont multiples… Je vous cite donc trois que j’ai pu lire dans les témoignages du corps médical pro-doula, qui me semblent les plus pertinentes :

  • Le nombre corps médical subi des pressions quantitatives… Les équipes disposent d’un nombre limité de personnes et il arrive souvent d’avoir des accouchements au même moment dans une maternité. Une maman a besoin d’être « cajolée », d’être prêt de personnes qui l’apaisent… Le papa, même s’il a envie, il n’arrive pas toujours à trouver sa place, trouver les bons mots et bons gestes à ce moment là…  Et même si la sage-femme souhaite être tout le temps à leur côté, ce n’est pas toujours possible pendant tout son horaire de travail. Les parents peuvent rester seuls parfois et c’est pour certains un moment pas facile à vivre. Les équipes changent, ce sont des visages inconnus pour cette maman… La division des tâches fait que  la sage-femme qui prépare à l’accouchement n’est pas celle qui va la recevoir à la maternité au moment venu et peut-être pas non plu celle qui sera à ses côtés au moment de la dilatation finale. C’est donc pour les deux (famille d’un côté, équipe médicale de l’autre) une bonne chose d’avoir une personne à côté de cette mère dont le rôle est juste d’être à ses côtés, présente et centrée sur un seul accouchement jusqu’à la fin et les moments qui suivent… (sans avoir le même rôle de père)
  • Le mental et le physique ont un rôle dans l’accouchement. Certaines femmes ont besoin d’un contact physique pendant l’accouchement… pour masser le corps, tenir la main… On besoin de « bons mots » d’encouragement… Peuvent avoir envie de chanter… Ou une personne qui les remémore les exercices de respiration… Si la femme se sent en sécurité, si elles plus détendue… plus confiante dans sa capacité d’enfanter et préparée pour le faire… plus de chances que ça se passe mieux… Du coup avoir une doula c’est déjà une démarche pour se préparer à ce moment… Pour partager son cheminement.
  • Un regard externe, n’est pas forcément un regard négatif.

J’ai bien aimé l’intervention d’une doula aux JDDs, en disant que sa petite méthode quand elle est en salle d’accouchement est de dire à la maman quand elle voit le gynéco arriver outils à la main et qu’elle voit que la maman a  peur de ce qui lui arrive : « ne t’inquiètes pas, ils ne vont rien faire sans t’expliquer et te consulter ». C’est vrai que parfois juste le fait d’informer clairement et de façon bienveillante ce qui va se passer en cas d’imprévu change complètement la perception de la situation par la mère. C’est vrai aussi que parfois les professionnels (dans tous les domaines) sont si pris par les tâches (de routine pour eux), qu’ils ne trouvent pas les bons mots pour les décrire la situation à une telle personne… Juste un petit mot « externe » comme dans ce cas, peut aider…

Pour sortir de l’impasse crée par certains professionnels ou maternités qui ne veulent pas de doulas au moment de l’accouchement, le législatif  brésilien a  du intervenir, créant des lois pour assurer que les femmes peuvent choisir les accompagnants. Et la loi laisse clair que doula ce n’est pas père, c’est à dire : la femme ne dois pas choisir entre un et l’autre. Ceci pour but d’éviter que les médecins puissent empêcher l’accès des doulas à la salle de naissance, indiquant que la femme a droit a un seul accompagnant (raison fréquemment mise en avant avec le manque de place pour 2 personnes supplémentaires). l’Etat de Santa Catarina a été le premier au Brésil réglementer cette pratique ( Lei estadual 16.869, de janvier 2016)

 

sources :

http://www.vermelho.org.br/noticia/275182-116

http://www.lado-m.com/sobre-partos-naturais-e-doulas-o-brasil-ainda-precisa-aprender-muito/

http://sorocabadeverdade.com/pannunzio-manobra-contra-doulas-nos-hospitais-de-sorocaba/

http://vida-estilo.estadao.com.br/blogs/ser-mae/eu-adoro-trabalhar-com-doulas-afirma-medica-defensora-do-parto-humanizado/

 

 

 

 

 

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